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Le plasticien du vide

Un sculpteur se révèle

1930 : première exposition de ses sculptures en fer à la Galerie de France.

« L’Exposition Internationale du groupe Cercle & Carré, peinture, sculpture, architecture, théâtre » (18 avril – 1er mai) est présentée par Torres-Garcia et Michel Seuphor, Galerie 23 à Paris. Plusieurs artistes y participent, Arp, Mondrian, Kandinsky, Le Corbusier… Julio González va trouver dans ce groupe de fortes affinités et nouer de solides amitiés.

L’artiste exécute une série de têtes en fer dont Tête en profondeur et Tête aigüe.

1931 : En mars, la Galerie de France présente l’exposition « J.González Sculptures » . L’artiste réalise Femme se coiffant I précédée d’un grand nombre de dessins préparatoires.

A Bruxelles, la Galerie Le Centaure présente une exposition « González » (30 mai – 10 juin) avec dix-sept sculptures dont Pierrot, 1930.

Du 26 juin au 9 juillet, lors d’une exposition de peintures et de sculptures chez Pierre Worms, Galerie Billiet, le foyer catalan présente des œuvres d’une trentaine d’artistes catalans, dont deux de González.

Au Salon des Surindépendants (23 octobre-22 novembre), González expose huit sculptures en fer forgé.

1932 : Vingt ans plus tard, en 1955, David Smith qui prépare un article pour Artnews (1956) écrira à Roberta González, la fille de l’artiste : « J’ai admiré son œuvre (de Julio González) depuis 1932, j’étais alors étudiant quand j’ai vu pour la première fois une reproduction de sa sculpture. En 1934, un ami John Graham (peintre russo-américain et collectionneur) me donna une petite tête qu’il avait achetée à votre père. C’est un masque précoce en fer, plus petit que la main, avec des fils traversant le front, formant les lignes de la physionomie. » (Valence, IVAM, Archives JG). John Graham possédait trois sculptures de González dont une Tête de 1927, celle qu’il donnera à Smith, un Personnage allongé, 1929 ( The Baltimore Museum of Art) qui, selon Margit Rowell, a directement inspiré à Smith son premier fer forgé Reclining figure de 1933.

Cet été-là, Julio González et Pablo Picasso dessinent sur un même carnet (Paris, Musée Picasso), le premier des études de nu et le second des variations humoristiques d’après Tête d’homme en fer, 1930 (Paris, Musée Picasso).

Avec trois sculpture en fer forgé, González participe encore au Salon des surindépendants (21 octobre – 20 novembre). Il y restera fidèle, ce qui lui interdit tout envoi dans une autre association.

Le 19 novembre, à l’Hôtel Drouot, Maître Sellier disperse un ensemble d’œuvres offertes par les exposants du Salon des surindépendants, afin de couvrir les frais d’exposition. Certaines peintures et les sculptures obtiennent des prix encourageants parmi lesquelles celles de Borès, de Beaudin, de Campigli, de González, de Lapicque, d’Halicka, de Vinés, de Mendès-France…

1933 : Vente de la collection des Cahiers d’Art, le 12 avril, organisée par la revue elle-même. Un grand nombre d’artistes y participent : Picasso, Arp, Kandinsky, Dufy, Masson, Klee, Laurens, Lipchitz, Léger, Matisse, Miró, Rouault, Beaudin, González. Ce dernier propose son Arlequin (1930) jusqu’alors connu sous le nom de Pierrot, et reproduit dans la revue (n° 1-2). L’œuvre est acquise par M. Level, directeur de la galerie Percier, qu’il anime avec le collectionneur André Lefèvre, et où il invitera González à exposer ses œuvres.

En octobre, González participe à l’unique présentation publique du Grupo de Arte Constructivo, organisée au Salon d’automne de Madrid par Torres-Garcia avec notamment Maruja Mallo, Manuel Angeles Ortiz, Benjamin Palencia…

Au Salon des surindépendants (27 octobre – 26 novembre) l’artiste expose six sculptures : Masque, Le Baiser I, Femme au fagot, Masque et deux Têtes en pierre.

En fin d’année, Julio González passe commande à l’architecte Périllard de la construction d’un nouvel atelier et lieu de résidence, 8 rue Roger-Simon Barboux, à Arcueil, qui sera achevé en 1937.

Avec le vide en toile de fond, créateur de formes et de lumières

1934 : L’association Abstraction-Création, créée en 1931 par Auguste Herbin et rassemblant, dans son comité directeur, Vantongerloo, Hélion,  Arp,  Gleizes, Tutundjian, Kupka et Valmier, reproduit Le Tunnel, 1932-1933 dans le n° 3 de sa publication.

Le catalogue de l’exposition J. González. Sculptures. Aquarelles, galerie Percier (avril – mai) est illustré de deux reproductions de González : Tête dite L’Apôtre (1933-1934) et aquarelle représentant deux paysannes avec des paniers. La préface est rédigée par Maurice Raynal : « […] González pourrait être appelé le plasticien du vide. La tradition n’ignorais pas la science des creux et la luminosité des vides. […] Comme l’invisible trace d’une flèche enclot une portion d’espace, la ligne d’une lame de fer simplement esquissée, amorcée, trace dans la lumière toute l’élégance d’un corps. […] González a trouvé dans ce sens d’étonnantes réalisations sculpturales à quoi l’a puissamment aidé sa connaissance approfondie des ressources du métier du fer […] »

Dans Gringoire (18 mai), André Salmon écrit : « Cet artiste, monstre de modestie, a toujours vécu aux côtés des plus grands et ce sont ceux-ci qui, parfois, furent ses élèves. Au moins leur enseigna-t-il une technique. Avec des fers forgés qu’on dira d’inspiration abstraite et qui pourtant sont autant de poésies naturelles. »

Au Kunsthaus de Zurich (11 octobre – 14 novembre), González participe à l’exposition Abstrakte Malerei und Plastik organisée par la galerie des Cahiers d’Art. Il y présente six sculptures en fer : Le Baiser I, Le Rêve, Don Quichotte, Colombine et Pierrot, Maternité et Femme se coiffant. Elles côtoient une douzaine de sculptures d’Arp, une cinquantaine de tableaux de Max Ernst, une douzaine de sculptures de Giacometti et dix-huit œuvres de Miró. La préface du catalogue est rédigée par Max Ernst, « Was ist Surrealismus ? ».

« LE » sculpteur d’avant-garde

Du 20 au 30 novembre, Yvonne Zervos organise l’exposition « J. González, Sculptures », galerie des Cahiers d’Art. Elle y présente notamment Les Amoureux II (1932-1933), Danseuse à la palette (1934), Femme se coiffant II (1934) et Tête au miroir (1934), un bronze forgé immédiatement acquis par Zervos (Vézelay, Musée Zervos).

André Salmon écrit dans Beaux-Arts (7 décembre) : « […] Les Cahiers d’Art nous présentent les œuvres les plus représentatives, les plus importantes et les plus secrètes de González. Celui-ci occupe une place à part dans la sculpture d’avant-garde. Il est bien loin d’un Brancusi qui anime d’une vie puissante ses masses élémentaires ou d’un Gargallo qui manifeste un sens exact du volume dans ses œuvres les plus baroques. Si subtiles que soient ses constructions où les tiges et les plaques de fer s’équilibrent sûrement, elles demeurent des silhouettes et ne recomposent pas le volume – ce qui, en sculpture, nous parait grave (n° 318, p.15). »

Le même, dans Gringoire (8 décembre), consacre sa chronique aux expositions de Max Jacob et de González : « […] son inspiration s’est-elle fondée sur la doctrine de Picasso ? C’est devant la petite forge de son camarade González que Picasso apprit à battre un même fer alors qu’il était encore chaud. […] Julio González a beaucoup attendu, puis il s’est beaucoup révélé d’une façon relativement précipitée. On veut espérer que cette seconde exposition situera définitivement ce très grand artiste. Il ne doit pas seulement occuper une place de choix vis-à-vis de son compatriote Gargallo faisant exprimer à la pierre ce que le premier fait exprimer au fer battu. Julio González inscrira dans l’histoire de l’art moderne son œuvre à la fois comme la plus spontanée des floraisons plastiques et la plus lucide démonstration de ce qu’on a nommé le cubisme et qui va tellement au-delà des recherches constructives de 1910 ».

La revue des avant-gardes catalanes D’Aci i d’Allà publie un numéro exceptionnel (décembre) offrant un panorama de l’art du XXe siècle, illustré notamment par Tête dite L’Apôtre (1933-1934), accompagné d’un commentaire d’Anatole Jakovski sur González : « Ses moyens – l’ombre et la lumière – ne lui servent jamais de modelage.[…] C’est l’art d’un homme sincère qui a travaillé toute sa vie dans la solitude et qui s’offre à présent mûr et complet. »

1934-1935 : Julio González visite l’atelier de Magnelli, villa Seurat à Paris. Selon Suzy Magnelli, devant la série de peintures représentant des Pierres de l’artiste florentin, il se serait exclamé : « Je voudrais faire une sculpture semblable à cette peinture ». Il avait probablement découvert la série de 1933-1934 présentée dans l’exposition Œuvres récentes de Magnelli, galerie Pierre (1er- 14 juin 1934).

5-4: González, l’un des grands de son époque

1935 : La revue Cahiers d’Art (n° 1-4) fait paraître l’Enquête de Christian Zervos sur le renouveau de l’art : Zervos interroge divers artistes sur le sujet – dont Rouault, Braque, Chagall, Hélion, Kandinsky, Léger et Lipchitz – et des critiques et des marchands. González y répond : « Les véritables artistes sont de leur temps. Il ne peut en être autrement, car, s’il est vrai que l’époque donne ses artistes, c’est parce que les artistes ont fixé cette époque. […] Pourquoi exiger tout de l’artiste ? Pourquoi ne demande-t-on pas aussi aux spectateurs que chacun, selon ses possibilités, essaye de s’élever jusqu’à l’œuvre d’art ? S’ils n’y parviennent d’emblée, qu’ils insistent, même plusieurs fois. C’est ce que j’ai souvent fait. ». Cinq fers exposés à la galerie des Cahiers d’Art en novembre 1934 sont également reproduits.

Avec plusieurs grands artistes – Arp, Braque, Calder, Giacometti, Picasso…, González participe à l’exposition « Thèse, antithèse, synthèse » (24 février – 31 mars) au Kunstmuseum de Lucerne, avec des œuvres de 1934 : Femme se coiffant, Maternité, Le Baiser, La Danse.

L’Exposition de peintures et de sculptures (24 mai) au Collège d’Espagne de la Cité universitaire présente plusieurs artistes espagnols dont Borès, Dali, Gargallo, La Serna, Juan Gris, Junyer, Maria Blanchard, Picasso, Vinès et González.

Dans la salle d’art Castelucho-Diana, le catalogue de l’exposition « Œuvres récentes de Benno, Fernandez, González, Hélion, Kandinsky, Laurens, Léger, Lipchitz, Magnelli, Picasso » (14 au 29 juin), en forme de journal, reproduit une œuvre de chaque exposant dont une peinture représentant une tête de González. La préface de Maurice Raynal, « Trouver et découvrir », répond aux attaques de Jacques Mamain contre l’art vivant.

En août, Albert E. Gallatin, peintre et collectionneur américain, achète une sculpture en argent, Éblouissement (Personnage debout) de 1932 (The Philadelphia Museum of Art) qu’il expose dans sa galerie de New York, The Gallery of Living Art, ouverte en décembre 1927 et consacrée à Picasso, Braque, Miró, Mondrian : « Reçu de Monsieur Gallatin, la somme de quinze cents francs pour une sculpture en argent – J. González Paris le 24 aout 1935 » (Lettre de González à A. E. Gallatin, New York ). González lui offre et lui dédicace un dessin, Tête dite Le Tunnel, 1934 (Philadelphia Museum of Art).

En septembre, Dorothy Dudley, dans son article Four Post-Modems, Alicka, Benno, Bores et González (Dudley 1935, p.539-572), consacre une part importante aux sculptures de González. Deux œuvres en fer forgé sont reproduites, Femme se coiffant 1 (1931, cat 77) et Le Rêve (1934, cat 87). Cet article vaut à González des offres de John Higgins, fondateur de l’lndustrial Museum de Worcester du Massachusetts.

1936 : González crée une série d’émaux très colorée. Cinq d’entre eux seront présentés à la galerie Chalette à New York en octobre-novembre 1961.

Le 13 janvier, l’artiste participe avec Miró, Dali, Jaime Sabartès et Luis Fernandez à une émission de la radio espagnole consacrée à Picasso à l’occasion de l’exposition Picasso organisée par Luis Fernandez, sous l’égide du groupe ADLAN, à la galerie Esteve à Barcelone. Picasso, André Breton, Dali, Sabartés et Fernandez passent la soirée chez González qui possède un récepteur. Cahiers d’Art publie le texte de González Desde Paris consacré à l’exposition d’ADLAN.

Cahiers d’Art publie le texte de González, Picasso sculpteur, illustré par la Tête (1930) en fer de Picasso à l’occasion de l’exposition « Picasso, sculptures récentes », à la galerie de Christian Zervos : « Je l’ai toujours tenu pour un « homme de la forme », car il a naturellement l’esprit de la forme. Forme dans ses peintures du début, forme dans les plus récentes. Mais, en 1908, au temps de ses premières peintures cubistes, Picasso nous présentait la forme non pas comme une silhouette, ni comme une projection de l’objet, mais, par la mise en relief des plans, des synthèses et par le cube de celui-ci, comme une « construction ». Ces peintures, me disait Picasso, il suffirait de les découper – les couleurs n’étant, somme toute, que des indications de perspectives différentes, des plans inclinée d’un côté ou de l’autre – puis [de] les assembler selon les indications données par la couleur, pour se trouver en présence d’une « sculpture ». […] J’ai maintes fois observé qu’il n’est pas une forme qui le laisse indifférent. Il regarde tout, à tout propos, car toutes les formes représentent pour lui quelque chose ; et il voit tout en sculpteur. »

L’exposition de Jean Cassou (février – mars), L’Art Espagnol contemporain (peinture et sculpture), au musée des Écoles étrangères contemporaines, au Jeu de Paume des Tuileries, présente González dans la section sculpture, avec Les Acrobates, Ballerine, Tête.

L’exposition Cubism and Abstract Art (2 mars – 19 avril), organisée par Alfred H. Barr au Museum of Modem Art de New York, présente deux sculptures de González : Éblouissement (Personnage debout) 1932, de la collection d’A.E. Gallatin, et La Grande Trompette, 1932-1933, un fer prêté par Zervos. Dans son catalogue, Barr, qui avait remarqué l’exposition de González à la galerie des Cahiers d’Art en 1934, le place entre Picasso et Lipchitz.

L’exposition « d’œuvres récentes de Picasso, peintures et sculptures, de Julio González, sculptures, de Miró, peintures et objets, de Fernandez, peintures » à la galerie des Cahiers d’Art (26 juin – 20 juillet) présente Femme se coiffant et Femme allongée, 1936 qui sont reproduites dans le numéro 6-7 de la revue.

Le 21 septembre, alors que le gouvernement républicain espagnol a nommé Picasso directeur du Musée du Prado une semaine avant, Julio González écrit à sa fille Roberta : « Sabartés [le secrétaire de Picasso] m’a proposé si j’acceptais le poste de secrétaire. J’ai dit non. Mais si je vois Picasso peut-être ce serait oui. »

Le 25 novembre, James Johnson Sweeney demande à González des photographies de ses œuvres récentes pour le numéro de décembre consacré à la sculpture contemporaine de la revue Transition.

González écrit à son ami Torres-Garcia à Montevideo (2 décembre) : « Cher Kim. On est inquiets des nouvelles d’Espagne qu’à la maison nous regrettons beaucoup. Nous pensons toujours à vous, il ne se passe pas un jour sans qu’en famille on ne parle de vous […] Je suis allé avec Roberta au vernissage des Surindépendants [le 21 octobre] tu étais accroché comme si tu avais été là sur le même panneau et tes élèves très bien.[…] Je crois, et je te le répète que tous, et c’est bizarre, parlent encore de toi comme si tu n’étais pas parti. On me demande toujours et Torres ? Comme si nous nous voyions tous les jours. Un de ces jours je te réécrirai en espérant que les nouvelles d’Espagne soient bonnes ou en tout cas meilleures. » (Montevideo, archives Torres-Garcia).

Reconnu et exposé dans le monde entier

Au Museum of Modem Art de New York, l’exposition Fantastic Art, Dada, Surrealism (du 7 décembre 1936 au 7 janvier 1937) présente Tête de 1936, de Julio González.

1937 : Julio González épouse le 18 janvier sa compagne Marie­Thérèse Roux, en l’église Saint-Denis d’Arcueil. La construction de la maison d’Arcueil terminée, la famille quitte Paris pour Arcueil.

José Gaos, commissaire général du gouvernement espagnol à l’Exposition internationale de Paris demande à González de participer aux expositions du Pavillon Espagnol. Celui-ci est inauguré le 12 juillet, avec entre autres, Guernica de Picasso, le Faucheur catalan de Miró, et La Montserrat, 1936-1937, de González (Amsterdam, Stedelijk Museum). Sous l’influence de Picasso, González avait d’abord pensé à une œuvre plus abstraite, la Femme au miroir de 1936-1937 (Valence, IVAM). Il en est dissuadé par José Gaos, qui défend le choix de La Montserrat, « une œuvre puissante, compréhensible par tous et complètement actuelle. »

Lors de l’exposition Sculptures et dessins de González, galerie Pierre (12 au 26 mai), l’artiste présente un grès, Jeune fille nostalgique, un bronze Jeune fille fière, et trois dessins.

Lors de sa visite, le peintre Hans Hartung (1904-1989), père du « tachisme », découvre la sculpture de González avant de faire la connaissance de l’artiste le jour de l’ouverture du Pavillon espagnol de l’Exposition de 1937.

L’exposition Origines et développement de l’art international indépendant (30 juillet – 31 octobre) organisée par Yvonne Zervos, au Musée du Jeu de Paume, présente deux sculptures récentes de González : La Montserrat et La Femme au miroir. Ces œuvres côtoient une Tête de femme de Picasso et des œuvres de Kandinsky (Avec l’arc noir, 1912), d’Antoine Pevsner et de Naum Gabo. Une étude de Carola Giédion-Welcker sur Julio González parait dans Modern Plastic Art (Zurich) avec une reproduction de L’Ange (cal. n) 108).

Le Museum of Modem Art de New York acquiert Tête dite L’Escargot de 1935, en fer forgé, auprès de Christian Zervos. La pièce sera présentée en 1939 dans l’exposition du MoMA Art in our Time.10th Anniversary Exhibition.

1938 : González est invité par R. F. Balbuena, commissaire du Pavillon Espagnol, à participer à l’Exposition universelle de New York de 1939.

Le 10 juin, il  est invité au IIIe Salon de l’Art mural, créé par Saint­Maur en 1935, avec Eugenio d’Ors comme président d’honneur. Le Salon s’ouvre dans les locaux de L’Écho de Paris, place de l’Opéra, avec les contributions de Delaunay, Derain, Freundlich, Gleizes, Lhote, Matisse, Miró, Picasso, Survage.

L’artiste et sa famille fréquentent Henri Goetz et Christine Boumeester : « Nous avions fini par fréquenter beaucoup les González. Presque chaque dimanche nous sortions avec eux visiter les environs de Paris, eux dans leur vieille Citroën et nous avec notre vélo-car. Cette voiture à pédales, dans laquelle nous avions ensuite installé un moteur, ce qui nous permit d’aller jusqu’à la frontière italienne, fut achetée à la suite d’un tour Paris-Hollande [en1936] que nous avions effectué à bicyclette. » (Henri Goetz, Ma vie, mes amis, Castelnau-le-Lez, Climats, 2001′ p. 36).

1939 : González participe à la 1ère Exposition de peintures & sculptures du groupe éclectique (20 avril) réunissant Yankel, Beothy, Freundlich, González, Kosnick, Metzinger, Alfred Reth, Survage, etc.

Roberta González épouse Hans Hartung le 22 juillet. Julio González quitte Paris peu avant la déclaration de guerre. Il passe l’été avec sa famille et Mme Fernandez à Lasbouygues dans le Lot, dans la maison d’un ami de Montparnasse, le sculpteur argentin Frédéric Amadeo.

En août, l’artiste forge Homme cactus I (Valence, IVAM). En septembre, il regagne Arcueil où vit également Hans Hartung, considéré comme déserteur par les Allemands. Le 26 décembre, Hartung s’engage comme légionnaire dans l’Armée française.

1940 : González participe à l’exposition de peinture et de sculpture Art représentatif de notre temps avec Calder, Giacometti, Laurens, galerie Mai (Yvonne Zervos) rue Bonaparte.

L’artiste entreprend parallèlement une série de dessins d’Homme cactus prolongée par un nouveau fer Homme cactus Il (Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle).

González adresse en mars une lettre à Picasso à Royan, avec des informations techniques sur les qualités du métal. En juin, avant l’entrée des Allemands dans Paris, Julio González part s’installer dans le Lot, à Lesbouygues. Il va y rester plus d’un an dans une maison louée au curé du village.

1941 : Réfugié dans le Lot, González doit abandonner la sculpture soudée à l’acétylène faute de matériel. Il se consacre au dessin et au plâtre. À l’automne, il revient à Arcueil avec sa femme pour reprendre son travail de sculpteur. Profondément affecté par la guerre, il travaille à plusieurs petites sculptures inspirées par les horreurs de la guerre civile espagnole, dont Petite Montserrat effrayée.

Le 9 décembre, le consul général d’Espagne en France renouvelle son certificat de nationalité. Profession déclarée : artiste-sculpteur.

1942 : Le 30 janvier, González, adresse un pneumatique à Picasso, 7 rue des Grands-Augustins, Paris : « Pau, je suis passé te voir ce matin rue La Boétie sans te trouver. J’ai besoin de te voir d’urgence. Tu peux demain ? Sans te donner la peine d’écrire, dis-moi où et à quelle heure au téléphone. À la maison, la santé, les nouvelles sont bonnes, ce que je te souhaite. » (Paris, archives du Musée Picasso). Le 15 mars, il écrit aux membres de sa famille restés en zone libre : « À tous bonne santé, bonne tranquillité, sachez vivre heureux. Je vous le répète. Sachez, il faut savoir et vouloir. Je vous embrasse sans jamais vous oublier. Votre Julio. »

Le 27 mars 1942, Julio González meurt dans sa maison d’Arcueil.

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L’envol de l’artiste - 1922 - 1929

Un sculpteur se révèle

1930 : première exposition de ses sculptures en fer à la Galerie de France. « L’Exposition Internationale du groupe Cercle & Carré, peinture, sculpture, architecture, théâtre » (18 avril – 1er mai) est présentée par Torres-Garcia et Michel Seuphor, Galerie 23 à Paris. Plusieurs artistes y participent, Arp, Mondrian, Kandinsky, Le Corbusier... Julio González va trouver dans ce groupe de fortes affinités et nouer de solides amitiés. L’artiste exécute une série de têtes en fer dont Tête en profondeur et Tête aigüe. 1931 : En mars, la Galerie de France présente l’exposition « J.González Sculptures » . L’artiste réalise Femme se coiffant I précédée d’un grand nombre de dessins préparatoires. A Bruxelles, la Galerie Le Centaure présente une exposition « González » (30 mai – 10 juin) avec dix-sept sculptures dont Pierrot, 1930. Du 26 juin au 9 juillet, lors d’une exposition de peintures et de sculptures chez Pierre Worms, Galerie Billiet, le foyer catalan présente des œuvres d’une trentaine d’artistes catalans, dont deux de González. Au Salon des Surindépendants (23 octobre-22 novembre), González expose huit sculptures en fer forgé. 1932 : Vingt ans plus tard, en 1955, David Smith qui prépare un article pour Artnews (1956) écrira à Roberta González, la fille de l’artiste : « J'ai admiré son œuvre (de Julio González) depuis 1932, j'étais alors étudiant quand j'ai vu pour la première fois une reproduction de sa sculpture. En 1934, un ami John Graham (peintre russo-américain et collectionneur) me donna une petite tête qu'il avait achetée à votre père. C'est un masque précoce en fer, plus petit que la main, avec des fils traversant le front, formant les lignes de la physionomie. » (Valence, IVAM, Archives JG). John Graham possédait trois sculptures de González dont une Tête de 1927, celle qu'il donnera à Smith, un Personnage allongé, 1929 ( The Baltimore Museum of Art) qui, selon Margit Rowell, a directement inspiré à Smith son premier fer forgé Reclining figure de 1933. Cet été-là, Julio González et Pablo Picasso dessinent sur un même carnet (Paris, Musée Picasso), le premier des études de nu et le second des variations humoristiques d'après Tête d'homme en fer, 1930 (Paris, Musée Picasso). Avec trois sculpture en fer forgé, González participe encore au Salon des surindépendants (21 octobre – 20 novembre). Il y restera fidèle, ce qui lui interdit tout envoi dans une autre association. Le 19 novembre, à l'Hôtel Drouot, Maître Sellier disperse un ensemble d'œuvres offertes par les exposants du Salon des surindépendants, afin de couvrir les frais d'exposition. Certaines peintures et les sculptures obtiennent des prix encourageants parmi lesquelles celles de Borès, de Beaudin, de Campigli, de González, de Lapicque, d’Halicka, de Vinés, de Mendès-France… 1933 : Vente de la collection des Cahiers d’Art, le 12 avril, organisée par la revue elle-même. Un grand nombre d’artistes y participent : Picasso, Arp, Kandinsky, Dufy, Masson, Klee, Laurens, Lipchitz, Léger, Matisse, Miró, Rouault, Beaudin, González. Ce dernier propose son Arlequin (1930) jusqu'alors connu sous le nom de Pierrot, et reproduit dans la revue (n° 1-2). L’œuvre est acquise par M. Level, directeur de la galerie Percier, qu'il anime avec le collectionneur André Lefèvre, et où il invitera González à exposer ses œuvres. En octobre, González participe à l'unique présentation publique du Grupo de Arte Constructivo, organisée au Salon d'automne de Madrid par Torres-Garcia avec notamment Maruja Mallo, Manuel Angeles Ortiz, Benjamin Palencia… Au Salon des surindépendants (27 octobre – 26 novembre) l’artiste expose six sculptures : Masque, Le Baiser I, Femme au fagot, Masque et deux Têtes en pierre. En fin d’année, Julio González passe commande à l'architecte Périllard de la construction d'un nouvel atelier et lieu de résidence, 8 rue Roger-Simon Barboux, à Arcueil, qui sera achevé en 1937.

Avec le vide en toile de fond, créateur de formes et de lumières

1934 : L’association Abstraction-Création, créée en 1931 par Auguste Herbin et rassemblant, dans son comité directeur, Vantongerloo, Hélion,  Arp,  Gleizes, Tutundjian, Kupka et Valmier, reproduit Le Tunnel, 1932-1933 dans le n° 3 de sa publication. Le catalogue de l’exposition J. González. Sculptures. Aquarelles, galerie Percier (avril – mai) est illustré de deux reproductions de González : Tête dite L'Apôtre (1933-1934) et aquarelle représentant deux paysannes avec des paniers. La préface est rédigée par Maurice Raynal : « [...] González pourrait être appelé le plasticien du vide. La tradition n'ignorais pas la science des creux et la luminosité des vides. [...] Comme l'invisible trace d'une flèche enclot une portion d'espace, la ligne d'une lame de fer simplement esquissée, amorcée, trace dans la lumière toute l'élégance d'un corps. [...] González a trouvé dans ce sens d'étonnantes réalisations sculpturales à quoi l'a puissamment aidé sa connaissance approfondie des ressources du métier du fer [...] » Dans Gringoire (18 mai), André Salmon écrit : « Cet artiste, monstre de modestie, a toujours vécu aux côtés des plus grands et ce sont ceux-ci qui, parfois, furent ses élèves. Au moins leur enseigna-t-il une technique. Avec des fers forgés qu'on dira d'inspiration abstraite et qui pourtant sont autant de poésies naturelles. » Au Kunsthaus de Zurich (11 octobre – 14 novembre), González participe à l'exposition Abstrakte Malerei und Plastik organisée par la galerie des Cahiers d'Art. Il y présente six sculptures en fer : Le Baiser I, Le Rêve, Don Quichotte, Colombine et Pierrot, Maternité et Femme se coiffant. Elles côtoient une douzaine de sculptures d’Arp, une cinquantaine de tableaux de Max Ernst, une douzaine de sculptures de Giacometti et dix-huit œuvres de Miró. La préface du catalogue est rédigée par Max Ernst, « Was ist Surrealismus ? ».

« LE » sculpteur d’avant-garde

Du 20 au 30 novembre, Yvonne Zervos organise l'exposition « J. González, Sculptures », galerie des Cahiers d'Art. Elle y présente notamment Les Amoureux II (1932-1933), Danseuse à la palette (1934), Femme se coiffant II (1934) et Tête au miroir (1934), un bronze forgé immédiatement acquis par Zervos (Vézelay, Musée Zervos). André Salmon écrit dans Beaux-Arts (7 décembre) : « [...] Les Cahiers d'Art nous présentent les œuvres les plus représentatives, les plus importantes et les plus secrètes de González. Celui-ci occupe une place à part dans la sculpture d'avant-garde. Il est bien loin d'un Brancusi qui anime d'une vie puissante ses masses élémentaires ou d'un Gargallo qui manifeste un sens exact du volume dans ses œuvres les plus baroques. Si subtiles que soient ses constructions où les tiges et les plaques de fer s'équilibrent sûrement, elles demeurent des silhouettes et ne recomposent pas le volume - ce qui, en sculpture, nous parait grave (n° 318, p.15). » Le même, dans Gringoire (8 décembre), consacre sa chronique aux expositions de Max Jacob et de González : « [...] son inspiration s'est-elle fondée sur la doctrine de Picasso ? C'est devant la petite forge de son camarade González que Picasso apprit à battre un même fer alors qu'il était encore chaud. [...] Julio González a beaucoup attendu, puis il s'est beaucoup révélé d'une façon relativement précipitée. On veut espérer que cette seconde exposition situera définitivement ce très grand artiste. Il ne doit pas seulement occuper une place de choix vis-à-vis de son compatriote Gargallo faisant exprimer à la pierre ce que le premier fait exprimer au fer battu. Julio González inscrira dans l'histoire de l'art moderne son œuvre à la fois comme la plus spontanée des floraisons plastiques et la plus lucide démonstration de ce qu'on a nommé le cubisme et qui va tellement au-delà des recherches constructives de 1910 ». La revue des avant-gardes catalanes D'Aci i d'Allà publie un numéro exceptionnel (décembre) offrant un panorama de l'art du XXe siècle, illustré notamment par Tête dite L'Apôtre (1933-1934), accompagné d'un commentaire d'Anatole Jakovski sur González : « Ses moyens - l'ombre et la lumière - ne lui servent jamais de modelage.[...] C'est l'art d'un homme sincère qui a travaillé toute sa vie dans la solitude et qui s'offre à présent mûr et complet. » 1934-1935 : Julio González visite l'atelier de Magnelli, villa Seurat à Paris. Selon Suzy Magnelli, devant la série de peintures représentant des Pierres de l'artiste florentin, il se serait exclamé : « Je voudrais faire une sculpture semblable à cette peinture ». Il avait probablement découvert la série de 1933-1934 présentée dans l'exposition Œuvres récentes de Magnelli, galerie Pierre (1er- 14 juin 1934).

5-4: González, l’un des grands de son époque

1935 : La revue Cahiers d'Art (n° 1-4) fait paraître l'Enquête de Christian Zervos sur le renouveau de l'art : Zervos interroge divers artistes sur le sujet - dont Rouault, Braque, Chagall, Hélion, Kandinsky, Léger et Lipchitz - et des critiques et des marchands. González y répond : « Les véritables artistes sont de leur temps. Il ne peut en être autrement, car, s'il est vrai que l'époque donne ses artistes, c'est parce que les artistes ont fixé cette époque. [...] Pourquoi exiger tout de l’artiste ? Pourquoi ne demande-t-on pas aussi aux spectateurs que chacun, selon ses possibilités, essaye de s'élever jusqu'à l'œuvre d'art ? S'ils n'y parviennent d'emblée, qu'ils insistent, même plusieurs fois. C'est ce que j'ai souvent fait. ». Cinq fers exposés à la galerie des Cahiers d'Art en novembre 1934 sont également reproduits. Avec plusieurs grands artistes - Arp, Braque, Calder, Giacometti, Picasso…, González participe à l'exposition « Thèse, antithèse, synthèse » (24 février – 31 mars) au Kunstmuseum de Lucerne, avec des œuvres de 1934 : Femme se coiffant, Maternité, Le Baiser, La Danse. L’Exposition de peintures et de sculptures (24 mai) au Collège d'Espagne de la Cité universitaire présente plusieurs artistes espagnols dont Borès, Dali, Gargallo, La Serna, Juan Gris, Junyer, Maria Blanchard, Picasso, Vinès et González. Dans la salle d’art Castelucho-Diana, le catalogue de l’exposition « Œuvres récentes de Benno, Fernandez, González, Hélion, Kandinsky, Laurens, Léger, Lipchitz, Magnelli, Picasso » (14 au 29 juin), en forme de journal, reproduit une œuvre de chaque exposant dont une peinture représentant une tête de González. La préface de Maurice Raynal, « Trouver et découvrir », répond aux attaques de Jacques Mamain contre l'art vivant. En août, Albert E. Gallatin, peintre et collectionneur américain, achète une sculpture en argent, Éblouissement (Personnage debout) de 1932 (The Philadelphia Museum of Art) qu'il expose dans sa galerie de New York, The Gallery of Living Art, ouverte en décembre 1927 et consacrée à Picasso, Braque, Miró, Mondrian : « Reçu de Monsieur Gallatin, la somme de quinze cents francs pour une sculpture en argent - J. González Paris le 24 aout 1935 » (Lettre de González à A. E. Gallatin, New York ). González lui offre et lui dédicace un dessin, Tête dite Le Tunnel, 1934 (Philadelphia Museum of Art). En septembre, Dorothy Dudley, dans son article Four Post-Modems, Alicka, Benno, Bores et González (Dudley 1935, p.539-572), consacre une part importante aux sculptures de González. Deux œuvres en fer forgé sont reproduites, Femme se coiffant 1 (1931, cat 77) et Le Rêve (1934, cat 87). Cet article vaut à González des offres de John Higgins, fondateur de l'lndustrial Museum de Worcester du Massachusetts. 1936 : González crée une série d'émaux très colorée. Cinq d'entre eux seront présentés à la galerie Chalette à New York en octobre-novembre 1961. Le 13 janvier, l’artiste participe avec Miró, Dali, Jaime Sabartès et Luis Fernandez à une émission de la radio espagnole consacrée à Picasso à l’occasion de l'exposition Picasso organisée par Luis Fernandez, sous l'égide du groupe ADLAN, à la galerie Esteve à Barcelone. Picasso, André Breton, Dali, Sabartés et Fernandez passent la soirée chez González qui possède un récepteur. Cahiers d'Art publie le texte de González Desde Paris consacré à l'exposition d'ADLAN. Cahiers d'Art publie le texte de González, Picasso sculpteur, illustré par la Tête (1930) en fer de Picasso à l'occasion de l'exposition « Picasso, sculptures récentes », à la galerie de Christian Zervos : « Je l’ai toujours tenu pour un « homme de la forme », car il a naturellement l'esprit de la forme. Forme dans ses peintures du début, forme dans les plus récentes. Mais, en 1908, au temps de ses premières peintures cubistes, Picasso nous présentait la forme non pas comme une silhouette, ni comme une projection de l'objet, mais, par la mise en relief des plans, des synthèses et par le cube de celui-ci, comme une « construction ». Ces peintures, me disait Picasso, il suffirait de les découper - les couleurs n'étant, somme toute, que des indications de perspectives différentes, des plans inclinée d'un côté ou de l'autre – puis [de] les assembler selon les indications données par la couleur, pour se trouver en présence d'une « sculpture ». [...] J'ai maintes fois observé qu'il n'est pas une forme qui le laisse indifférent. Il regarde tout, à tout propos, car toutes les formes représentent pour lui quelque chose ; et il voit tout en sculpteur. » L’exposition de Jean Cassou (février – mars), L’Art Espagnol contemporain (peinture et sculpture), au musée des Écoles étrangères contemporaines, au Jeu de Paume des Tuileries, présente González dans la section sculpture, avec Les Acrobates, Ballerine, Tête. L’exposition Cubism and Abstract Art (2 mars – 19 avril), organisée par Alfred H. Barr au Museum of Modem Art de New York, présente deux sculptures de González : Éblouissement (Personnage debout) 1932, de la collection d’A.E. Gallatin, et La Grande Trompette, 1932-1933, un fer prêté par Zervos. Dans son catalogue, Barr, qui avait remarqué l'exposition de González à la galerie des Cahiers d'Art en 1934, le place entre Picasso et Lipchitz. L’exposition « d'œuvres récentes de Picasso, peintures et sculptures, de Julio González, sculptures, de Miró, peintures et objets, de Fernandez, peintures » à la galerie des Cahiers d'Art (26 juin – 20 juillet) présente Femme se coiffant et Femme allongée, 1936 qui sont reproduites dans le numéro 6-7 de la revue. Le 21 septembre, alors que le gouvernement républicain espagnol a nommé Picasso directeur du Musée du Prado une semaine avant, Julio González écrit à sa fille Roberta : « Sabartés [le secrétaire de Picasso] m'a proposé si j'acceptais le poste de secrétaire. J'ai dit non. Mais si je vois Picasso peut-être ce serait oui. » Le 25 novembre, James Johnson Sweeney demande à González des photographies de ses œuvres récentes pour le numéro de décembre consacré à la sculpture contemporaine de la revue Transition. González écrit à son ami Torres-Garcia à Montevideo (2 décembre) : « Cher Kim. On est inquiets des nouvelles d'Espagne qu'à la maison nous regrettons beaucoup. Nous pensons toujours à vous, il ne se passe pas un jour sans qu'en famille on ne parle de vous [...] Je suis allé avec Roberta au vernissage des Surindépendants [le 21 octobre] tu étais accroché comme si tu avais été là sur le même panneau et tes élèves très bien.[...] Je crois, et je te le répète que tous, et c'est bizarre, parlent encore de toi comme si tu n'étais pas parti. On me demande toujours et Torres ? Comme si nous nous voyions tous les jours. Un de ces jours je te réécrirai en espérant que les nouvelles d'Espagne soient bonnes ou en tout cas meilleures. » (Montevideo, archives Torres-Garcia).

Reconnu et exposé dans le monde entier

Au Museum of Modem Art de New York, l’exposition Fantastic Art, Dada, Surrealism (du 7 décembre 1936 au 7 janvier 1937) présente Tête de 1936, de Julio González. 1937 : Julio González épouse le 18 janvier sa compagne Marie­Thérèse Roux, en l'église Saint-Denis d'Arcueil. La construction de la maison d'Arcueil terminée, la famille quitte Paris pour Arcueil. José Gaos, commissaire général du gouvernement espagnol à l'Exposition internationale de Paris demande à González de participer aux expositions du Pavillon Espagnol. Celui-ci est inauguré le 12 juillet, avec entre autres, Guernica de Picasso, le Faucheur catalan de Miró, et La Montserrat, 1936-1937, de González (Amsterdam, Stedelijk Museum). Sous l'influence de Picasso, González avait d'abord pensé à une œuvre plus abstraite, la Femme au miroir de 1936-1937 (Valence, IVAM). Il en est dissuadé par José Gaos, qui défend le choix de La Montserrat, « une œuvre puissante, compréhensible par tous et complètement actuelle. » Lors de l’exposition Sculptures et dessins de González, galerie Pierre (12 au 26 mai), l’artiste présente un grès, Jeune fille nostalgique, un bronze Jeune fille fière, et trois dessins. Lors de sa visite, le peintre Hans Hartung (1904-1989), père du « tachisme », découvre la sculpture de González avant de faire la connaissance de l’artiste le jour de l'ouverture du Pavillon espagnol de l'Exposition de 1937. L'exposition Origines et développement de l'art international indépendant (30 juillet – 31 octobre) organisée par Yvonne Zervos, au Musée du Jeu de Paume, présente deux sculptures récentes de González : La Montserrat et La Femme au miroir. Ces œuvres côtoient une Tête de femme de Picasso et des œuvres de Kandinsky (Avec l'arc noir, 1912), d'Antoine Pevsner et de Naum Gabo. Une étude de Carola Giédion-Welcker sur Julio González parait dans Modern Plastic Art (Zurich) avec une reproduction de L'Ange (cal. n) 108). Le Museum of Modem Art de New York acquiert Tête dite L'Escargot de 1935, en fer forgé, auprès de Christian Zervos. La pièce sera présentée en 1939 dans l'exposition du MoMA Art in our Time.10th Anniversary Exhibition. 1938 : González est invité par R. F. Balbuena, commissaire du Pavillon Espagnol, à participer à l'Exposition universelle de New York de 1939. Le 10 juin, il  est invité au IIIe Salon de l'Art mural, créé par Saint­Maur en 1935, avec Eugenio d'Ors comme président d'honneur. Le Salon s'ouvre dans les locaux de L'Écho de Paris, place de l'Opéra, avec les contributions de Delaunay, Derain, Freundlich, Gleizes, Lhote, Matisse, Miró, Picasso, Survage. L’artiste et sa famille fréquentent Henri Goetz et Christine Boumeester : « Nous avions fini par fréquenter beaucoup les González. Presque chaque dimanche nous sortions avec eux visiter les environs de Paris, eux dans leur vieille Citroën et nous avec notre vélo-car. Cette voiture à pédales, dans laquelle nous avions ensuite installé un moteur, ce qui nous permit d'aller jusqu'à la frontière italienne, fut achetée à la suite d'un tour Paris-Hollande [en1936] que nous avions effectué à bicyclette. » (Henri Goetz, Ma vie, mes amis, Castelnau-le-Lez, Climats, 2001' p. 36). 1939 : González participe à la 1ère Exposition de peintures & sculptures du groupe éclectique (20 avril) réunissant Yankel, Beothy, Freundlich, González, Kosnick, Metzinger, Alfred Reth, Survage, etc. Roberta González épouse Hans Hartung le 22 juillet. Julio González quitte Paris peu avant la déclaration de guerre. Il passe l'été avec sa famille et Mme Fernandez à Lasbouygues dans le Lot, dans la maison d'un ami de Montparnasse, le sculpteur argentin Frédéric Amadeo. En août, l’artiste forge Homme cactus I (Valence, IVAM). En septembre, il regagne Arcueil où vit également Hans Hartung, considéré comme déserteur par les Allemands. Le 26 décembre, Hartung s'engage comme légionnaire dans l'Armée française. 1940 : González participe à l'exposition de peinture et de sculpture Art représentatif de notre temps avec Calder, Giacometti, Laurens, galerie Mai (Yvonne Zervos) rue Bonaparte. L’artiste entreprend parallèlement une série de dessins d'Homme cactus prolongée par un nouveau fer Homme cactus Il (Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle). González adresse en mars une lettre à Picasso à Royan, avec des informations techniques sur les qualités du métal. En juin, avant l'entrée des Allemands dans Paris, Julio González part s'installer dans le Lot, à Lesbouygues. Il va y rester plus d'un an dans une maison louée au curé du village. 1941 : Réfugié dans le Lot, González doit abandonner la sculpture soudée à l'acétylène faute de matériel. Il se consacre au dessin et au plâtre. À l'automne, il revient à Arcueil avec sa femme pour reprendre son travail de sculpteur. Profondément affecté par la guerre, il travaille à plusieurs petites sculptures inspirées par les horreurs de la guerre civile espagnole, dont Petite Montserrat effrayée. Le 9 décembre, le consul général d'Espagne en France renouvelle son certificat de nationalité. Profession déclarée : artiste-sculpteur. 1942 : Le 30 janvier, González, adresse un pneumatique à Picasso, 7 rue des Grands-Augustins, Paris : « Pau, je suis passé te voir ce matin rue La Boétie sans te trouver. J'ai besoin de te voir d'urgence. Tu peux demain ? Sans te donner la peine d'écrire, dis-moi où et à quelle heure au téléphone. À la maison, la santé, les nouvelles sont bonnes, ce que je te souhaite. » (Paris, archives du Musée Picasso). Le 15 mars, il écrit aux membres de sa famille restés en zone libre : « À tous bonne santé, bonne tranquillité, sachez vivre heureux. Je vous le répète. Sachez, il faut savoir et vouloir. Je vous embrasse sans jamais vous oublier. Votre Julio. » Le 27 mars 1942, Julio González meurt dans sa maison d’Arcueil.